| Par Stéfanie Trahan Mère de Xavier (2009) et Maxence (2011) |
Édition mai 2011 |
« Être mère c’est apprendre ce qu’est la vie! »
Le mot « mère » a pris pour moi un tout autre sens lorsque je suis devenue moi-même maman pour la première fois le 14 avril 2009. Bien des choses sont devenues plus claires. J’ai compris ce qu’est l’amour inconditionnel, le bonheur immense, mais en même temps j’ai été envahie soudainement par le doute. J’ai saisi pourquoi l’on dit souvent qu’un enfant ne vient pas avec un mode d’emploi… Xavier déposé dans le creux de mes bras, je ne faisais que me demander lorsque je fixais ses magnifiques yeux : « mais qu’est-ce que je dois faire avec un bébé... »
C’est pourquoi je me suis demandé comment les autres mères
avaient vécu l’expérience de la maternité. Je voulais connaître les
visions différentes de chacune, car la vie m’a appris qu’il y a
beaucoup à retirer des expériences des autres. Pour souligner la
fête des mères, j’ai interrogé trois femmes, trois mamans, sur leur
expérience personnelle. Voici ce qui est ressortit de ces
magnifiques rencontres.
Madame Perron-Renaud a connu le bonheur d’être mère pour la première fois en août 1968. L’arrivée de son premier enfant ne lui a pas inspiré de crainte car c’était un évènement heureux qui avait été planifié. Les futurs parents étaient donc prêts lorsque Manon est arrivée dans leur vie en août 1968 à l’hôpital après un très long travail. D’ailleurs, un fait intéressant qu’elle m’a raconté: à l’époque, les femmes étaient endormies pendant l’accouchement. Par contre, elles demeuraient réveillées tout au long des contractions.
Madame Perron-Renaud dit avoir été une maman très privilégiée car sa mère habitait avec eux. La famille pouvait donc compter sur le support et l’expérience de quelqu’un d’autre pour les guider dans cette nouvelle aventure. Cette présence précieuse a aussi permis aux enfants d’entretenir une belle relation avec leur grand-mère.
À l’époque, la conciliation travail-famille était déjà quelque
chose avec laquelle les familles devaient apprendre à jongler car
une grande partie des femmes étaient sur le marché du travail. Étant
enseignante, Madame Perron-Renaud faisait partie de ces femmes.
C’est d’ailleurs en fonction des vacances scolaires que les
naissances des deux premiers enfants du couple ont été organisées
car il n’y avait pas de congé maternité à l’époque. Ainsi, Manon, l’aînée
de la famille, est née en août pendant les vacances d’été et 20
jours plus tard, sa maman était déjà de retour pour la rentrée
scolaire. Malgré tout, elle ne s’est jamais sentie lésée par la
situation, c’était comme ça et on s’en accommodait. Elle trouve cela
très bien que les femmes qui accouchent aient maintenant un congé
maternité pour ainsi leur permettre de passer plus de temps avec
leur poupon. Et ce grand changement, nous le devons à celles qui ont
eu des enfants avant nous.
Le pouvoir de la femmeKristine Charron « Être mère, c’est le cadeau de ma vie » |
C’est en 1991 que Kristine Charron a connu pour la première fois la maternité. Elle qui avait grandement réfléchi au processus de la naissance a eu pendant longtemps le souhait de devenir sage-femme. Ses réflexions lui ont permis entre autres de comprendre le pouvoir que les femmes avaient sur leur accouchement. Elle ne se sentait donc aucunement inquiète par l’arrivée de ce premier enfant. Le petit Raphaël a vu le jour à la maison avec l’aide d’une sage-femme, une naissance pour le moins exceptionnelle. C’était le souhait et le désir le plus cher de Kristine de pouvoir vivre l’expérience de la maternité de la façon la plus naturelle qui soit.
L’essentiel de l’entretien s’est déroulé autour de la question du pouvoir de la femme sur la naissance. Un pouvoir qui, selon Kristine, est souvent ignoré par les femmes. Selon elle, le fait d’accoucher dans les hôpitaux a transformé un geste naturel en acte trop souvent médicalisé. Ce sont les médecins qui décident de l’accouchement pour leur patiente, et non l’inverse. Elle trouve important que les femmes s’interrogent plus face à leur accouchement et prennent le contrôle sur ce moment important de leur vie. Tout ne doit pas être remis dans les mains du médecin, la femme a elle aussi un rôle à jouer. Elle trouve dommage qu’en région, il n’y ait pas de maisons de naissance, car celles-ci permettaient d’offrir des alternatives plus naturelles aux mères qui le désirent.
Un autre sujet qui lui tenait très à cœur en lien avec la
maternité, c’est l’allaitement. Selon elle, l’allaitement permet
plusieurs choses, entre autres de donner le meilleur à son enfant et
de développer un lien d’attachement mère-enfant. Elle me disait
qu’elle n’arrive pas à comprendre pourquoi l’allaitement en public
est un geste dérangeant puisque c’est un acte très naturel. Elle qui
a déjà exercé le métier de nutritionniste trouve dommage qu’il n’y
ait pas plus de femmes qui allaitent leur enfant car le lait
maternel est ce qu’il y a de mieux, et c’est prouvé!
Être mère à temps plein!Ann Villeneuve « Être mère est un dépassement de soi. » |
C’est en 2007 qu’Ann Villeneuve a connu la maternité. Dès les débuts, dû à un dérèglement hormonal, ce grand changement a été difficile pour la nouvelle maman. Elle se sentait plus isolée. Elle demeurait à ce moment-là dans le coin de Québec. C’est en découvrant un organisme, La vie en mère, qui était géré et créé par des mamans, qu’elle a réussi à sortir de l’isolement. Là-bas, elle pouvait rencontrer d’autres mères et prendre un moment de répit en plus d’échanger. En plus, les mamans à tour de rôle avaient la tâche de divertir les enfants pendant que les autres bavardaient. D’ailleurs, selon elle, il manque en région un organisme semblable, géré par les mères et pour les mères.
Pour le bien de sa famille, Ann a pris la décision avec son conjoint de rester à la maison pour s’occuper entre autres des enfants. Une décision qui implique des sacrifices personnels mais qu’elle ne semble aucunement regretter. Elle a toujours trouvé important d’investir dans sa famille plutôt que dans sa carrière. Sa mère est elle aussi restée à la maison. Dans son choix, ce qu’elle trouve plus difficile c’est qu’il y a très peu de femmes qui font le même choix qu’elle. Il devient donc plus ardu pour les enfants de socialiser avec d’autres enfants.
Une autre difficulté qu’Ann a remarquée : le jugement des autres face à son travail. Malgré le fait qu’il est reconnu qu’être mère à la maison est un travail en soi, il existe encore beaucoup de préjugés. Selon elle, ce sont plus les hommes qui ont tendance à juger de sa situation, probablement par méconnaissance des responsabilités et tâches que constitue être une maman à temps plein. Par contre, elle pense qu’en région, on a tendance à être plus compréhensif et à moins juger.
D’ailleurs, cela m’a amené à demander à Ann si elle aimerait que le gouvernement offre une forme de rémunération pour les mères à temps plein. Elle n’était pas totalement d’accord avec cette idée car pour elle, il y a des secteurs, tels que la santé, qui ont un besoin plus urgent d’argent pour offrir des services. Toutefois, elle aimerait que son travail soit reconnu à sa juste valeur. Les femmes à la maison ne peuvent contracter de prêt hypothécaire ou d’emprunt sans avoir quelqu’un pour signer avec elle. Donc, même si travailler à domicile pour s’occuper de sa famille n’est pas un emploi rémunéré, il devrait être reconnu comme un réel travail par tous.
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, mai 2011.
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