Aide sociale et pauvreté au Québec

Neige

Par Louiselle Luneau

Le projet de loi 70 déposé par le ministre Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, vient une fois de plus imposer une approche punitive sans précédent aux bénéficiaires de l’aide sociale, mais en plus, il abolit Emploi-Québec et détruit une formule gagnante au nom de la « sacro-sainte » austérité.

Avec ce projet de loi, le gouvernement libéral veut forcer les bénéficiaires de l’aide sociale à accepter tout emploi « convenable » qu’on leur offrirait, sous peine de voir couper de moitié leur déjà trop maigre revenu. Non content du flou entourant la notion d’un « emploi convenable », le ministre Hamad précise en plus qu’il n’y aura pas de critère de distance dans les offres d’emploi. Si une personne bénéficiaire de l’aide sociale d’une région se voit offrir un emploi dans une autre région, il sera forcé de plier bagages et de se relocaliser.

Selon le ministre, avoir une opportunité d’emploi dans une autre région, c’est améliorer ses conditions de vie, c’est sortir de la pauvreté. Il est par contre difficile de voir comment s’éloigner de sa famille, de sa communauté et de ses réseaux est favorable au bonheur. D’autant plus que les « emplois convenables » sont pour la plupart du temps des emplois précaires ne permettant pas de sortir de la pauvreté.

Le véritable problème c’est que depuis fort longtemps, les gouvernements qui se succèdent au Québec s’attaquent aux pauvres plutôt qu’aux racines de la pauvreté.

Pire encore, ils aggravent le problème en coupant en éducation et dans les autres services publics. La pauvreté est un cercle vicieux et c’est également un problème systémique requérant des solutions complexes et un réinvestissement dans les missions fondamentales de l’État. L’éducation, c’est le fer de lance de la lutte contre la pauvreté.

L’éducation est la clé. Or, ce qui se dégage du projet de loi 70, c’est une vision réductrice du système d’éducation comme un simple outil de formation ne bénéficiant qu’aux entreprises. Il prévoit que, malgré des besoins criants de formation en emploi, le Fonds de la formation sera sous-financé et ses objectifs s’élargiront pour inclure non seulement les personnes sans emploi, mais également la « future main d’œuvre », les jeunes à scolariser.

Mieux arrimer formation et emploi, c’est fantastique, mais l’éducation ce n’est pas que la formation de la main d’œuvre. C’est aussi la culture, les connaissances générales, la réalisation de soi et l’apprentissage de l’autonomie. C’est comme ça que l’on combat la pauvreté.

Si le gouvernement libéral voulait réellement éliminer la pauvreté au Québec, il arrêterait de frapper sur les plus pauvres qui sont déjà à terre et réinvestirait dans de vrais outils qui leur permettrait de s’en sortir.

S’en prendre aux plus pauvres, ça va faire! Non au projet de loi 70! 

 

Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, février 2016.
Voir aussi : Laissez les pauvres gagner leur vie!

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