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Image par Creative Canvas de Pixabay En commentaire à l’article du numéro précédent qui parlait de procrastination, un voisin (devinez qui ?) m’a offert « Vernousser », un mot de son enfance au lac Saint-Jean. Il m’a mentionné que ce mot était répertorié dans l’ouvrage « Discours simple! : mots du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix entendus, perdus et retrouvés, par Gaston Bergeron ».
J’ai retrouvé « vernoucher » à la page 204 de ce livre, mais aussi dans le dictionnaire d’Antidote. C’est un mot qui a une définition assez large, qui signifie « trainer, rôder autour de l’ouvrage sans que rien n’avance, s’adonner à de menus travaux, perdre son temps » ou encore « bretter », un vieux mot que mon grand-père beauceron aurait utilisé.
Comme « vernousser » est un mot qu’on trouve davantage à l’oral qu’à l’écrit, il a plusieurs déclinaisons : « vernoucher » ou « vernousser », qui, avec la prononciation ancienne, deviennent « varnousser », « varnoucher » ou même « vornusser » ou « varnusser ».
Ce qui m’a frappée, c’est qu’Antidote révèle que ce mot vient d’une « d’une langue d’Oïl », une langue de la partie nord de la France, précurseure du français. Le mot « vernousser » a donc traversé l’Atlantique avec les pionniers au 17e siècle et a survécu près de quatre siècles avant d’être en train de disparaître.
Ce n’est pas un mystère, certains mots s’effacent tranquillement parce que la chose à laquelle ils réfèrent n’est plus en usage. Qui connait encore la patène, la Veillée des âmes ou le Commodore 64 ?
Mais si « vernoucher » est un mot qu’on entend plus, ce n’est pas que la chose ait disparu. On l’a remplacé par d’autres, comme le fameux « procrastiner ».
Voilà donc le mystère des mots disparus, pourquoi certains s’étiolent alors que d’autres survivent au passage des siècles ?
Est-ce que les mots sont des objets culturels, soumis aux impératifs de la mode du « toujours nouveau » et du « prêt à jeter » ?
Ou bien pourrait-on dire qu’une langue est vivante, comme un corps qui se régénère pendant que des cellules mortes sont éliminées ?
À moins que la langue ne soit en danger de tomber en ruines, comme ces édifices qu’on pensait pourtant solides, mais qui peuvent soudainement s’effondrer sous le poids de la neige…
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, Octobre 2026.
Voir aussi : Procrastination - Ces mots pour reporter à plus tard...

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