Cent ans de courage et de terre défrichée… et toujours ce plaisir de manger ce qu’on cultive soi-même.
Dans notre coin de pays, voilà que juillet se pointe le nez, et le potager commence à avoir fière allure — presque comme au temps où nos ancêtres défrichaient la terre à la sueur de leur front (mais avec un peu moins de moustiques… enfin, pas sûr). Les plants ont pris de la vigueur, les récoltes commencent à s’inviter sur la table, surtout chez les chanceux qui ont une serre.
On commence enfin à voir le fruit de nos labeurs, nous autres, après avoir semé avec foi au printemps, un peu comme les colons qui espéraient que ça pousse sans trop savoir si la terre allait collaborer.
Pour moi, le potager, ce n’est pas seulement une affaire de légumes. C’est aussi un moyen de ralentir, de prendre une pause du train-train moderne. Parce qu’entre le travail, les obligations et les allers-retours dignes d’un sentier de portage, on a besoin de respirer un peu. Au jardin, pas de patron, pas d’horaires : juste moi, la terre… et parfois un moustique un peu trop entreprenant.

On commence avec de petites graines, pas plus grosses qu’un grain de sable, et rendu en juillet, ça pousse comme si la terre avait décidé de nous impressionner. Ça s’étend, ça verdit, ça vit — et ça nous rappelle qu’on n’est pas si mal débrouillards, au fond.
Mais jardiner, ça reste une école d’humilité. Même les colons les plus aguerris n’avaient pas le contrôle sur la météo, et nous non plus. Il y a les grandes chaleurs, les bouts de sécheresse, les bibittes qui arrivent sans invitation… et certains plants qui décident de bouder, allez savoir pourquoi. Malgré tout, on continue, comme eux : on s’adapte, on apprend, et on persévère.
Quand ça ne marche pas, on cherche des réponses — autrefois
dans les conseils du voisin ou de la belle-famille, aujourd’hui dans les livres et sur Internet (une sorte de voisin, mais sans le thé sur le
poêle). Et souvent, ce sont ceux qui jardinent depuis des lunes qui ont
les meilleurs trucs — les « vieux routiers de la binette », si on peut dire.

Dans mon jardin, je me sens bien. Arroser, désherber, observer… c’est simple, mais ça fait du bien à l’âme. On oublie les soucis, comme un colon qui, après une longue journée, s’assoit enfin devant son lopin de terre en se disant : « Ben, ça pousse pareil ! »
Et en juillet, le vrai plaisir commence : déguster ce qu’on a fait pousser soi-même. Une laitue fraîche, des herbes parfumées, les premières fraises — presque un festin de pionnier. Même les radis et les petits pois ont un goût de victoire.

Je crois sincèrement qu’un potager, petit ou grand, apporte beaucoup : de la tranquillité, un brin de fierté, et une bonne dose de satisfaction — un peu comme réussir son premier hiver en Abitibi… mais en version estivale.

Alors si l’idée vous trotte encore dans la tête, n’attendez pas à l’an prochain comme un colon hésitant devant une terre à défricher. Il n’est pas trop tard! En juillet, on peut encore semer laitues, radis, haricots et fines herbes. Ça pousse vite, et ça récompense vite aussi.
Même un petit coin de terrain ou quelques pots peuvent faire l’affaire. Pas besoin d’avoir une terre à perte de vue : l’important, c’est d’essayer… et peut-être d’y prendre goût, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous.
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, Été 2026.
Photos : Anie Morin.

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