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Journal communautaire, par et pour la population d'Évain (Québec, Canada), depuis 1977  

Les camions à Évain
Une deuxième route de sortie ?

Jean-Paul Michaud Édition avril 1998

Au printemps reviennent les corneilles en même temps que les camions.

Depuis quelques semaines des mastodontes sillonnent la rue de l’Église, ralentissent devant l’entrée de l’Église, se faufilent un chemin sur la Principale entre les autos stationnées devant la Caisse et le dépanneur Gibb pour sortir du village par la petite côte sur la voie ferrée vers la 117.

On s’entend dire, on ne peut rien changer à la situation.

Bien sûr, si on se croise les bras en invoquant qu’on n’a pas de pouvoir parce que c’est le Gouvernement et le Ministre des transports qui décident, la situation restera inchangée aussi longtemps qu’il y aura de la roche et des arbres au nord du canton Beauchastel et au sud du canton Duprat. Ce qui veut dire pour plusieurs années encore. Avant que les ressources convoitées du rang 10 ne s’épuisent, Évain aura le temps de se fusionner puis de se défusionner avec Rouyn-Noranda.

Un tel trafic n’améliore pas la qualité des rues. Lors de la dernière réunion du conseil, le maire a dit que “ça ne donne rien de réparer les rues tant que le charroyage n’est pas terminé”. Or le “charroyage” arrête habituellement aux premières neiges.. Puisqu’on répare les routes en hiver, il faudra donc attendre à l’année prochaine. Et ainsi de suite, d’une année à l’autre.

Petit constat pour l’été qui s’en vient. La compagnie Norascon a obtenu le contrat de réfection de la route 117. Le sable utilisé pour les travaux sera soutiré d’une carrière dans le rang 10. Beaucoup de sable monsieur? Pas beaucoup, environ 8,800 voyages.

Est-ce que ça va faire beaucoup de dommage, des fissures dans notre beau pavé? Un peu, au moins une, peut être deux par voyage. Et la sécurité, vous savez l’été, les gens se promènent à pied, à vélo sur la rue de l’Église, est-ce que ça risque d’être dangereux ? Je ne crois pas, vous savez nos gars, en général, respectent la vitesse, mais vous savez, les rues ne sont pas larges.

Par ailleurs, pour bien évaluer l’équation “le facteur de risque augmente avec le nombre de voyages de truck”, n’oubliez pas de tenir compte des autres éléments du problème. Cet été, Béton Rouanda charriera du sable à partir du rang 10, le Ministère des transports s’apprête à l’imiter, puis, on nous a dit que l’entreprise Audet joindrait le groupe. Bromm, bromm, bromm. En passant, où est-ce que tu vas en vacance cet été?

On n’a pas de pouvoir si on ne l’exerce pas. La municipalité a la responsabilité de l’entretien de ses chemins, par conséquent, elle peut prendre des décisions. Un petit rappel historique. Dans les débuts d’Evain, les premiers colons sont montés sur leur lot par un chemin qui passait à l’ouest du centre du village. Par le suite, ce chemin de bois fut laissé à l’abandon. Entre la route 117 et les carrières de sable dans le rang 10, il y a en ligne droite 4 kilomètres mas o menos, ce qui veut dire: ce n’est pas au bout du monde! Les ressources matérielles et humaines existent. Si dans les années 30 on a fait un chemin en plein bois, si une autre municipalité, Beaudry, a pu régler un problème semblable, il m’apparaît réaliste qu’Évain se donne une deuxième route de sortie qu’utiliseraient les camionneurs.

Selon une optique de conservation, le pollueur est redevable à la société pour le tort qu’il a lui même causé. Peut-on envisager la possibilité de faire payer leur juste part aux gros transporteurs, par la biais d’une taxe, d’une redevance ou d’une entente négociée? Nos élus doivent “mettre leur culotte” en étant de vrais gérants de caisse. L’argent ramassé ne doit pas servir à réparer des bouts de chemin. Évain a un problème de circulation à résoudre.

Construire une deuxième route de sortie à Évain, soit un chemin en gravier, d’environ 4 kilomètres aura pour effets d’aérer la circulation routière dans les rues de l’Église et Principale, d’améliorer la sécurité des citoyens qui s’y promènent à pied ou en vélo, de conserver nos rues en bon état. Investir dans une deuxième route, c’est comme bâtir un Centre communautaire, on ne peut pas régler toute la dette la première année. Une chose est sûre, les bancs de gravier du rang 10 sont là, pis on doit vivre avec !

  

Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, avril 1998.

Cet article a obtenu un prix de l'AMECQ (Association des médias écrits communautaires du Québec), en 1999 : 2e prix Opinion,
dans la catégorie des journaux publiant des éditions de 3000 exemplaires et moins.


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