| Pierre Marcotte | Édition février 2004 |
15 mois déjà que s'éternise la grève à Radio Nord Communications.
D'un côté, une soixantaine de professionnels qui usent leur patience et leur vie à faire autre chose que leur métier, se demandant si, un jour, ils pourront réintégrer leur emploi et à quelles conditions. De l'autre, l'employeur qui semble se débrouiller pour tenir en ondes ses stations radio et télé, confiant à de tierces parties le soin de continuer à faire affluer les sous et se contentant de diffuser l'essentiel.
On s'accuse mutuellement de ne pas vouloir négocier ou de ne pas le faire de bonne foi, de prendre la population en otage. Bien triste situation; beau gaspillage d'énergie et d'expérience.
Le plus alarmant pour nous tous c'est le fait que, depuis maintenant 1an et 3 mois, la population de toute notre région soit privée d'information télévisée les touchant. Ce moyen de communication est sans contredit le véhicule de diffusion par excellence et, pour beaucoup de gens, le seul contact qu'ils possèdent avec l'actualité quelle qu'elle soit. Comment cette carence nous affecte-t-elle?
Prenons-nous pour acquis qu'aucune nouvelle régionale ne soit digne de mention du fait qu'elle n'est plus télédiffusée?
Je ne crois pas que les gens se soient tournés d'emblée vers les autres médias pour suppléer à cette perte. L'ensemble de la population s'en trouve donc désavantagé.
Le mandat
Rappelons que Radio Nord, de par sa licence d'exploitation, se doit de produire et diffuser un minimum d'information régionale chaque semaine sur chacune de ses stations de télévision. Si l'on fait exception du quelque 90 secondes de communiqués, sans contenu journalistique, lu en vitesse sur CKRN-TV à l'heure du souper, c'est le noir total depuis le début du conflit. Qu'il y ait des circonstances atténuantes, là n'est pas la question.
Il serait naïf de croire que les effets aux points de vue économique et social ont été et continuent d'être nuls depuis ces longs mois. L'impact n'est certainement pas négligeable. S'il était inexistant, alors quelle serait l'utilité de Radio Nord? Qu'on demande à Radio Canada, TVA, et TQS de prendre la relève et retransmettre intégralement leur programmation montréalaise à travers la région et le tour serait joué. Notre diffuseur régional se doit d'être un rouage du développement régional et doit recommencer à s'acquitter de sa tâche au plus tôt.
Ce qui étonne le plus, après ces 15 mois de pénurie télévisuelle, c'est la passivité des organismes sociaux-économiques et des décideurs face à cette situation. Personne ne semble vouloir se mouiller et essayer de trouver une solution au conflit qui nous prive d'un service auquel nous avons tous droit et qui est l'essence de notre société moderne.
Service essentiel?
Imaginez si Radio Nord était une entreprise gouvernementale... Je crois que, depuis belle lurette, un ministre aurait décrété l'information comme étant un service essentiel et, par la force, aurait mis fin au conflit. Une telle mise en scène n'est évidemment pas souhaitable.. Malgré le fait que l'on ait toujours écrié l'importance de l'information dans l'évolution d'une société, qu'attendent nos représentants pour s'impliquer réellement dans ce dossier qui affecte pourtant une région entière et nuit à sa croissance économique et sociale?
Ou alors, doit-on laisser tomber les bras, laisser le conflit perdurer et se contenter d'une simple minute et demie du peuple, cinq fois par semaine, vers 18h10?
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, février 2004.
Cet article a obtenu un prix de l'AMECQ
(Association des médias écrits communautaires du Québec), en 2004 :
Opinion,
dans la catégorie des journaux publiant des éditions de
4000 exemplaires et moins.
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