Voici une lettre que j’ai écrite au mois de novembre dernier, suite à mon hospitalisation dans la grande ville de Montréal. En temps qu’infirmière, ceci se voulait une réflexion sur le système de santé, mais vu du coté d’une patiente. J’ai fait parvenir cette lettre à l’infirmière-chef du département concerné et au syndicat de cet établissement.
| Nicole Boileau
Archambault Infirmière autorisée, CSSSRN Hospitalisée du 3 au 9 octobre 2008 |
Édition janvier 2009 |
Je viens par le billet de cette lettre vous faire part de l’énorme gratitude face aux membres du personnel, du valet de balais à l’infirmière autorisée, en passant par la réceptionniste. Quelles tâches ardues à faire dans un système déshumanisant qui se dit humain. Comment dire merci quand je vois tout le monde courir à gauche et à droite pour tenter de boucler tout le travail en 8 heures! Peut-être que je pourrais leur aider mais voyons donc, je suis patiente moi là, pas infirmière et je me dois de récupérer. Être infirmière en 2008, c’est tout un défi.
Il y a quelques années, notre système de santé a subi d’énormes changements, dont le virage ambulatoire, ce qui a amené beaucoup de bouleversements au niveau de notre travail. Nous avons troqué notre système d’équipe pour les soins globaux qui, soit dit en passant, fonctionnent. Oui, mais c’est du chacun pour soi. Pas le temps de préparer la journée en gang, arrange-toi avec tes affaires et si tu as besoin d’aide dis-le moi!
Je suis infirmière licenciée depuis 28 ans dans ce système où, j’ai peu ou pas de pouvoir sauf, de rendre mon patient le plus confortable possible, lui donner des soins de base et celui de lever mon chapeau et dire un gros merci pour tous les soins donnés, que ce soit avec du temps ou à la course. Quelqu’un s’est occupé de moi aujourd'hui, je ne me suis pas lavée, mais j’ai eu mes pilules…
Me voici donc dans une chambre de 4 lits : chirurgie, prothèse hanche gauche. Il y a un homme de plus de 60 ans de biais à moi. Il semble avoir de la difficulté à se servir de la cloche d’appel. Lors des repas, la préposée dite “au repas” lui amène son cabaret et le dépose sur la table de chevet. Le monsieur en question tente tant bien que mal de s’alimenter. J’ai vu à 2 reprises 2 membres du personnel l’aider à préparer son repas. C’est tout. J’ai vu aussi qu’il a “sauté” plusieurs repas, parce qu’on ne prenait pas le temps… J’ai honte de voir tout ça ; peut-être que si je me levais je pourrais l’aider un peu?
Après une troisième journée, je me suis dit : Si personne ne l’aide, je vais le faire manger. C’est ce que j’ai fait et reçu un gros merci de la part de la préposée au repas qui voyait bien, elle aussi, que ce client ne mangeait pas. Le soir même, une accompagnatrice d’une autre patiente en a fait de même.
Comble de malheur, le même monsieur a fait une chute en tentant de sortir par le pied du lit pour aller aux toilettes.
Les soins de base : un super lit ergonomique et du personnel à bout de souffle, qui essaie d’éteindre les feux tant bien que mal pour terminer leur quart de travail et mieux recommencer demain dans le même “beat”. J’ai n’ai pas eu besoin de jaser “ben gros” avec les infirmières qui me soignaient pour comprendre qu’elles en faisaient le plus possible dans un contexte malade.
J’aimerais bien avoir le temps de le faire manger, me dit-elle, mais je ne l’ai pas, et en plus c’est la tâche du préposé, qui lui est je ne sais où en train d’éteindre un autre feu…
Le but de cette lettre est de sensibiliser, non pas de faire un procès. Je vous remercie de me lire. Je n’ai pas de solution magique. J’ai écrit avec mon cœur.
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, janvier 2009.
Si vous avez le goût de commenter un des articles paru sur le site, utilisez l'espace suivant: Commentaires
Accueil | Plan du site | Archives | Dossiers | Distinctions reçues | Dates de tombée | Communiquer une nouvelle Tarif des publicités | Droits d'auteur | Politique d'information | Liens utiles | Qui nous sommes | Nous joindre