| Entrevue par Maryse Lessard | Édition juin-juillet 2006 |
Printemps 2006, première sortie du club d’ornithologie. Il nous arrive, âgé à peine de 10 ans, accompagné de son père. Nous le saluons chaleureusement et nous espérons qu’il ne trouvera pas la journée trop longue, car nous allons visiter le Témiscamingue et le côté ontarien. Je dois dire que la journée n’est pas des plus variées en espèces d’oiseaux, cependant Samuel m’impressionne par son sens d’observation, sa patience, sa discrétion et son grand intérêt pour les oiseaux et leurs chants. Après quelques sorties avec lui sur le terrain, j'ai pensé vous le faire connaître. Nous sommes donc allés discuter dans son coin d’observation privilégié : le ruisseau du Parc Victor à Évain.
Samuel Prince fréquente l’école d’Évain. Il aime les mathématiques et les résolutions de problèmes. Ses parents sont des amants de la nature et du plein air et il a un jeune frère qui sait que : « L’hirondelle rustique possède deux pics, deux pointus dans la queue, pas comme l’hirondelle bicolore. » Comme sa mère me le disait : « Il sait bien partager son information, sa nouvelle passion, il parle tout le temps des oiseaux. »
Samuel n’a pas toujours été intéressé par les oiseaux. Plus petit, il aimait les lézards, les grenouilles et les poissons. C’est depuis un an et demi environ qu’il a commencé à s’intéresser aux rapaces. Pour Noël, il a demandé à ses grands-parents un livre sur les oiseaux. Il a donc reçu « Oiseaux de proies » de Suzanne Brûlotte, le chanceux ! Armé de jumelles et du guide d’identification des oiseaux du Québec et accompagné de son père, c’est ainsi que commence pour lui un intérêt marqué pour les oiseaux.
« Je peux faire de l’observation partout, dit-il. Chez-moi, autour de mes mangeoires, quand je marche, je regarde dans la cour des maisons où il y a des mangeoires et j’observe des oiseaux. À bicyclette, je vais au ruisseau du Parc Victor et au marais de castors. Je vois toujours quelque chose. Une fois j'ai vu un butor d'Amérique. D’autres fois : des hérons, des canards d’Amérique, des colverts, une sarcelle, des bruants, des hirondelles bicolores et une hirondelle rustique. »
Comment fais-tu pour reconnaître les oiseaux ?
« Je regarde les caractéristiques dont je peux me rappeler : la couleur, le bec : si courbé ou long, son chant et aussi sa taille. Pour les bécasseaux, je vais regarder la couleur des pattes : des bleues ou des jaunes et je regarde dans les livres. »
Tu aimes lire?
« Oui, j’aime lire et je regarde beaucoup le guide, les photos. Je lis pour aller chercher de l’information. »
Effectivement dans les sorties avec le club, lorsque nous parlons d’un oiseau qu’il ne connaît pas, il le cherche dans le guide et lit les fiches techniques.
« L’autre jour, j'ai vu des jaseurs. Je ne sais quelle sorte, mais étant donné la saison, la probabilité que ce soit un boréal, il y a moins de chance. »
Où t’as pris cette information ?
« Dans la liste annotée de l’Abitibi-Témiscamingue. »
Samuel admire la couleur chez les oiseaux, surtout chez les canards. Il aime beaucoup l’hirondelle et les parulines à cause, dit-il : « De la difficulté à les reconnaître. » Il s’arrête pour écouter leurs chants. Il possède un CD de chants d’oiseaux qu’il écoute en regardant les photos. Il peut reconnaître le Pluvier kildir, le Geai bleu et la Mésange à tête noire par leur cri.
Il s’occupe lui-même, chez-lui, des mangeoires et des nichoirs. Il leur donne du tournesol noir dans les mangeoires du haut et du mélange à bruant au sol pour ceux qui mangent au sol.
As-tu des problèmes avec les écureuils ?
« Oui ils dérangent mes affaires, dérangent mes oiseaux et ils font fuir les hirondelles des nichoirs. »
Que vas-tu faire ?
« Je ne sais pas, je cherche une solution. Peut-être donner un coin à manger à l’écureuil pour qu'il fiche la paix à mes oiseaux. »
Qu’as-tu observé à tes mangeoires ?
« Des chardonnerets, des juncos, des bruants à couronnes blanches, des roselins, des bruants hudsonniens, des hirondelles et des pics. Une fois une crécerelle, j’ai vu toutes les couleurs. Elle vient souvent. »
Parles-tu des oiseaux avec tes amis ?
« Non, car je sais que cela ne les intéresse pas. J’en parle avec mon père et ma mère. Des fois des élèves de ma classe me demande si je connais des oiseaux qu'eux ont vus. Bien, je ne suis pas capable, car il manque des caractéristiques. »
Quelle a été ta plus belle sortie avec le club ?
« Ma meilleure sortie c’est quand on est allé au lac Beauchamp, à Amos. Il y avait beaucoup de canards: du harle huppé, des macreuses et mon préféré le harelde kakawi. »
As-tu appris quelques chose dans les sorties ?
« Je connais plus d’oiseaux. Il y en avait que je n'avais jamais vus. Comme le grèbe à bec bigarré au Marais Antoine et les grues du Canada ! »
Crois-tu que tu vas toujours t’intéresser aux oiseaux ?
« Je ne sais pas. »
Pour l’instant l’intérêt est là, nous nous fixons rendez-vous fin août pour la sortie avec la SLOA sur les limicoles (ou bécasseaux) et lentement, sur le chemin du retour, nous faisons l’inventaire des oiseaux vus et entendus durant notre entretien et Samuel se promet que demain matin, il reviendra passer du temps avec ses jumelles au ruisseau.
Avant de lancer mon article, Samuel m'a amené de nouveau au Parc Victor pour observer une « Merle bleu de l’Est », belle observation. Maintenant il a comme mission de trouver discrètement l’endroit où il niche et de prendre une photo. Bonne chance Samuel !
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir,
juin-juillet 2006.
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