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Journal communautaire, par et pour la population d'Évain (Québec, Canada), depuis 1977  

La plus grande révolution du
xxe siècle est celle des femmes

Réflexions en marge de la Journée
Internationale des femmes

Par Maurice Descôteaux Édition mars 2011

Le sociologue Jacques Grand’Maison écrivait, aux environs de 1968 ou 1969, que le mouvement de libération des femmes allait être la plus grande révolution du XXe siècle, et sans doute même de toute l’histoire de l’humanité, parce que c’est une révolution qui touche toute l’humanité et cela sur l’ensemble de la planète. À des degrés variables, avec des préoccupations différentes selon les cultures et les situations socio-économiques, certes, mais toujours avec la même poussée fondamentale de tendre vers un état de plus grande liberté. Si on croit à la valeur « liberté » et si on estime nécessaire pour quelque groupe humain que ce soit d’acquérir plus de liberté, il me paraît impossible, de ce point de vue, de n’être pas féministe.

Ainsi, en une cinquantaine d’années, le chemin parcouru est immense. La revue Châtelaine l’illustrait récemment dans un numéro spécial fort bien documenté.
Sur ce fond, je voudrais proposer ici trois réflexions qui me paraissent assez fondamentales pour l’avenir. Et d’ailleurs, autant pour l’avenir des femmes que celui des hommes.

Première réflexion

Voici la première: pour d’aucuns, le mouvement de libération des femmes et le féminisme seraient une seule et même chose. Cela ne me semble pas être le cas. Le premier est un mouvement, une sorte de poussée intérieure à agir, à changer les choses, fondée sur des situations concrètes, bref un puissant souffle de liberté. Le second renvoie à plusieurs idéologies et, comme tel, il se sert des potentialités qui se trouvent dans le premier pour l’organiser et l’orienter selon des vues plus étroites et portant sur des objets précis. Et comme toute idéologie, il lui faut préciser des objectifs, identifier des ennemis et se donner des moyens d’actions. En ce sens, il n’y a pas un féminisme, mais des féminismes. Parce qu’il y a plusieurs factions qui se forment, chacune visant des objectifs spécifiques et qui peuvent même être contradictoires.

Deuxième réflexion

Comme toute idéologie aussi, les diverses idéologies féministes charrient du bon et du moins bon. À les considérer dans leur ensemble, il est aisé de noter qu’elles ne sont pas toutes équivalentes. Certaines se font plus radicales que d’autres. Et comme dans toute idéologie, on y trouve des extrémismes. Lorsqu’une idéologie se transmue en « règlements de compte », elle ouvre la porte à tous les excès. Ces idéologies plus extrémistes dans leurs visées échappent alors à l’intention libératrice qui les a vues naître et se transmuent en vengeances. Des têtes doivent tomber. « Juste retour des choses », dira-t-on pour se justifier. « Juste »? Si ce qui était exécrable hier chez un groupe et objet de révolte devient tout à coup admissible et de bon aloi aujourd’hui par ceux-là même qui les dénonçaient, est-on toujours dans un processus de libération? Et de justice? S’agit-il de remplacer un pouvoir par un autre pouvoir, avec tout ce que cela entraîne d’exclusions? On dirait que les jeunes femmes d’aujourd’hui ont « senti » le problème ici. Des enquêtes révèlent qu’elles ne semblent pas vouloir épouser les « causes » d’antan de leurs aînées, au grand dam de ces dernières d’ailleurs. Elles font une autre lecture de leur réalité, qui n’en recèle pas moins d’intentions libératrices, mais qui s’exprime autrement et ne porte pas forcément sur les mêmes objets. Cela est sain, c’est déjà un acte de liberté.

Troisième et dernière réflexion

Quel avenir pour le mouvement de libération des femmes? Ce mouvement est absolument essentiel et nécessaire. S’il devait s’arrêter tout d’un coup, ce serait une grave perte pour toute l’humanité. Les germes de liberté qu’il recèle sont en train de faire émerger une nouvelle humanité. Le mouvement féministe, par ce qu’il met au jour, dénonce ou questionne, entraîne et exige un regard critique sur tous les éléments fondamentaux du vivre en société – économie, politique, culture, etc. – et sur les conceptions actuelles de l’homme aussi bien que de la femme et de leurs rapports réciproques. Il y a du beau et du bon qui en est ressorti et que nous n’aurions pas pu prédire il y a cinquante ans. Je me plais souvent à dire que l’époque actuelle appartient aux femmes, et cela même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, comme le clament les diverses idéologies.

Un regard critique, dis-je? En idéologie, c’est presque impossible. Une idéologie a toujours raison et ceux qui ne pensent pas comme elle sont des ennemis. Pourtant, j’ai été très touché par cette question que soulevait Mme Françoise David à la radio de Radio-Canada l’automne dernier, en rapport à certaines actions féministes : « Sommes-nous allées trop loin », demandait-elle. Le fait de pouvoir soulever une pareille question est un signe de santé. Tant qu’il y a de la santé, il y a de l’espoir, dit l’adage. Il en va, en effet, de l’avenir même de l’humanité. Cet avenir sera ce que, hommes et femmes, femmes et hommes, nous en ferons. Pastichons pour terminer Blaise Pascal de façon à ce que personne ne se prenne pour quelqu’un d’autre : les hommes et les femmes ne sont ni anges ni bêtes, mais le malheur, c’est que ceux ou celles qui veulent faire l’ange, risquent fort de faire la bête.

  

Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, mars 2011.


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