| Par Diane Gaudet Bergeron | Édition juin 2011 |
À l’heure du départ à la retraite pour M. Robert Beaudry, directeur du pavillon Claude Larouche, celui-ci accepte de me rencontrer afin de me parler du sort réservé à nos aînés. Le pavillon Claude Larouche a ouvert ses portes en 1985. M. Daniel Bergeron, était à ce moment, directeur de la Maison Pie XII.
![]() M. Robert Beaudry, directeur du Pavillon Larouche |
Cette ouverture répondait aux besoins de la population vieillissante. Le pavillon comptait 29 lits dans un bâtiment situé sur la rue Mgr Tessier à Rouyn-Noranda. Celui-ci était dirigé par un couple pavillonnaire qui demeurait sur place, Fernand et Jeannine Dallaire. M. Beaudry arriva comme directeur non résident en 1989. Vu la lourdeur de la clientèle et le manque de places, le pavillon déménagea dans l’ancienne école Notre-Dame-du-Sourire, propriété des religieuses Sœurs Notre-Dame auxiliatrices, pour y occuper le 3e étage. |
Beaucoup de réfections ont eu lieu afin de rendre les lieux conformes aux exigences. Les normes ne cessent d’être de plus en plus exigeantes afin d’assurer la sécurité des gens. Les coûts associés à ces mises aux normes sont astronomiques et ne trouvent pas preneur lorsqu’il s’agit de les couvrir.
M. Beaudry parle de son personnel dévoué et attentif aux besoins des résidents mais insuffisant pour répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus lourde. La moyenne est de deux préposées pour 31 personnes par quart de travail et un seul préposé la nuit, à un salaire moyen de 11 $ de l’heure. Ce sont en majorité des femmes et elles doivent tout faire: ménage, distribution de médicaments, bains aux résidents, changements de couches, soutien en tout temps et le tout avec quelques avantages sociaux. À ce moment là, j’ai pensé qu’ils sont presque des anges. Mais des anges, il en manque énormément et des bénévoles également pour permettre à ces gens de sortir prendre l’air. Aucun d’eux ne peut sortir sans être accompagné et la majorité souffre d'Alzheimer. Leur plus grand regret est de ne pas pouvoir sortir.
Les gens paient 1 102 $ par mois de pension. Ils sont logés, nourris, soignés et aimés par cette petite poignée de gens.
Trouvant M. Beaudry très fatigué, je lui ai demandé ce qui le rendait le plus amer dans tout ça. Il répond que c’est le manque de places pour loger une population de plus en plus vieillissante, les exigences de tous bords tous côtés, la bureaucratie interminable et tout ça au détriment du bien-être de nos aînés. Il y a également le manque de ressources, le désintéressement général et le manque de réalisation des gouvernements. Même si le personnel accorde une très grande attention aux vieillards, ils ne peuvent pas les empêcher de tomber, de se blesser, à moins bien sûr d’être inhumain et de les attacher à leurs fauteuils ou à leurs lits. Il faut les accompagner.
Malgré tout, M. Beaudry trouve le moyen de s’amuser, de faire rire ses bénéficiaires et de les aimer. Ceux-ci le lui rendent bien d’ailleurs car lors de ma visite, on lui adressait des sourires, des « bonjours Robert », des mains qui le touchaient au passage.
Selon vous M. Beaudry, que devrions nous faire pour aider à améliorer la situation? « J’aimerais bien trouver la solution idéale mais je ne l’ai pas. Je crois, dit-il, que le gouvernement devrait participer davantage dans l’aide à domicile ». Selon lui, plusieurs garderaient leurs parents vieillissants avec de l’aide par des services à domicile et une aide financière. Un adulte en pavillon comme celui-là coûte au gouvernement au-delà de 1 800 $ par mois. Si nous additionnons ce que le résident paye lui-même selon son revenu, un maximum 1 102 $ par mois, il serait souvent plus intéressant pour celui-ci de rester dans sa famille. Il deviendrait en plus un apport d’aide à sa propre famille. Plusieurs travaillent à l’extérieur pour moins. Il souhaiterait voir la population s’intéresser davantage aux problèmes, créer des groupes de discussions afin d’apporter des solutions pour ces « ressources privées », ce « chez soi adapté ».
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, juin 2011.
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