| Par Denise B. Tremblay | Édition janvier 2011 |
Comment vous résumer dans un court article de journal tout ce paquet d’émotions, d’agitation, de fébrilité, de tâches supplémentaires qu’exigeait la préparation du “temps des Fêtes”, en plus du train-train quotidien déjà assez exigeant quand on vit sur une grande ferme?
Je suis née au Témiscamingue. Je le mentionne avec fierté car il se vivait là une mentalité de fraternité et de cordialité peu commune entre les gens qu’on ne ressentait pas ailleurs. Le Témiscamingue était un “gros village”, au moins du temps de mon vécu dans les années d’avant la guerre et d’après la guerre. Tout le monde se connaissait, tout le monde était bienvenu chez tout le monde, d’une paroisse à l’autre.
S’il y avait mariages, décès, fêtes, danses dans les maisons privées, on s’y rendait sans plus d’invitation et l’on était bien accueilli. Cela explique pourquoi le “temps des Fêtes” était plus long qu’ailleurs. À chacun son tour de recevoir pour un repas ou une veillée. On chantait, on dansait dans les cuisines, on jouait aux cartes. Il se racontait des histoires un peu voilées, mais nos jeunes oreilles avaient tôt fait d’en comprendre le sens. Il fallait surtout faire semblant qu’on n’avait rien entendu, le répéter nous aurait mérité de sérieuses semonces.
On ne veillait pas tard; la soirée commençait tôt et finissait vers les 21 heures. Il fallait se lever avant le jour pour la traite des vaches et soigner les animaux. Que c’était agréable! On chargeait nos batteries de joie, d’amitié, de chaleur, de bons souvenirs pour une année entière. Vive les Noëls des gens simples, pauvres mais heureux!
En me remémorant ces Noëls de mes jeunes années, je revois le sapin dans un coin de cuisine, garni de 4 à 5 boules, de quelques guirlandes, de la neige artificielle que l’on fabriquait en fouettant du savon en flocons et la crèche... Les personnages étaient aussi précieux que la prunelle de nos yeux!
Ça sentait bon dans la maison parce que notre mère cuisinait ses spécialités de circonstance : les petits gâteaux avec du glaçage et des boules argentées, les gros gâteaux avec glaçage et des dessins de couleurs différentes, les biscuits fourrés aux confitures, etc. On dévorait des yeux cet étalage de bonnes choses et on salivait en pensant au plaisir de la dégustation.
Le soir de la messe de minuit, nous nous couchions à 20 h 00 et notre mère nous réveillait vers les 23 h 00. On s’habillait en un temps record, l’unique toilette* étant celle du dimanche. En deux temps, trois mouvements, hop! on était prêt à partir. Bien emmitouflés et installés sous de grosses peaux de fourrure de “buffalo”, dans un grand traîneau sur lequel notre père avait construit un abri chauffé par un petit poêle à bois , nous partions enfin. Même les chevaux avaient leur tenue d’apparat avec leurs clochettes bien astiquées, queues et crinières tressées et enrubannées. Il y avait presque un concours de beauté pour ces attelages. Que c’était gai et agréable tous ces sons discordants venant de tous les coins de la paroisse! Nos cœurs chantaient presque sur le même ton.
Dès notre arrivée au village, on se dirigeait à l’église. Notre première visite : la belle grosse crèche. La messe de minuit était chantée en grégorien. Elle était suivie de la messe de l’aurore qui était louange et gloire à l’enfant Jésus. Les chanteurs entonnaient les “Il est né le divin enfant”, “Les anges dans nos campagnes”, “Ça berger”, etc. L’on revenait à la maison vers les 2 h 30 du matin, pas de réveillon. Nos bas suspendus à chaque marche d’escalier semblaient vides. “Vite, au lit les enfants! N’oubliez pas qu’on se lève à 5 h 00 ce matin!” Et pourtant, au lever, il y avait une petite bosse dans notre bas de Noël : une orange et quelques bonbons. Nous étions bien heureux, c’était la seule fois qu’on en mangeait au cours de l’année.
Le jour de Noël passait sans rien de spécial, à part la table mieux garnie. Pas de congé : le bois doit être rentré dans la maison, les vaches traites et tous les animaux bien soignés. Il pouvait y avoir de la visite pour le souper ou on allait chez la parenté. Au jour de l’an, tantes, oncles, cousins, cousines, tous se retrouvaient chez les grands-parents. On s’en donnait à cœur joie, mais des lots de vaisselle nous attendaient, nous, les enfants. C’était au tour des adultes de s’amuser.
Les vacances des Fêtes nous laissaient quelques temps libres durant la journée pour glisser, patiner, du moins pour ceux qui avaient des patins. Certains étaient très généreux et les prêtaient aux autres. Nous jouions à la gamelle, un jeu qui consiste à mettre une boîte de conserve vide sur une grosse bûche et nous, armés d’une petite bûche, c’était à qui ferait tomber la “canne” en lançant son bâton. Jeux bien innocents! Nous nous en contentions, ça faisait notre bonheur car les petits voisins pouvaient venir jouer avec nous.
En terminant, je souhaiterais à tous d’essayer de retrouver un peu de cette vie simple et harmonieuse de notre passé. Il y avait plus de communication entre les gens, plus de sorties en plein air pour les enfants. Je crois que le temps des Fêtes retrouverait tout son sens : amitié, joie, bonheur, fraternité, santé. Comme le dit le dicton : “Et le paradis à la fin de vos jours”.
Article paru dans le journal Ensemble pour bâtir, janvier 2011.
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